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▪️Notre invitée, Mona Messine▪️

L'auteure remarquée de la rentrée littéraire 2022 est l'invitée exceptionnelle de la rédaction.

Avec son roman Biche, édité chez Livres Agités en août 2022, Mona Messine a fait une entrée remarquée lors de cette rentrée littéraire. Le roman poétique et engagé est rapidement devenu un incontournable. 

Mona Messine est née à Bordeaux en 1992. Elle a vécu à Marseille, à New York, au Brésil et depuis 2015, à Paris. Elle est diplômée en sciences politiques et relations internationales. La Méditerranée et l’Amazonie nourrissent ses écrits. Sa situation de transfuge fait d’elle une écotone humaine et elle joue avec cette idée dans sa poésie. Elle pratique le surf et la batterie et utilise ces deux pratiques pour rendre ses textes musicaux.

Jeanne Thiriet et Vanessa Caffin, fondatrices de la jeune maison d'édition Livres Agités ont été visionnaires quand elles ont choisi Biche pour inaugurer leur catalogue. Le roman a rencontré un succès immédiat et a été encensé par la presse. Livres Agités est une maison d’édition dédiée aux primo-romancières, indépendante, solidaire et engagée. Le tout souligné par un travail éditorial de grande qualité.

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4ème de couverture : Dans la forêt. Une partie de chasse s’organise, menée par Gérald, la gâchette du coin. Devant lui, son chien Olaf piste la trace. Au loin, les traqueurs rabattent le gibier sous les ordres de Linda, un vieil amour qui n’a pas totalement renoncé à lui. Alan le garde-chasse a le cœur en morceaux. Ce soir, il le sait, les biches seront en deuil.

Mais en ce dimanche plus gris que les autres, une tempête approche. La forêt aligne ses bataillons. Les animaux s’organisent. Les cerfs luttent sous l’orage. Et une biche refuse la loi des hommes.

Biche est un conte écologique haletant porté par une plume aussi poétique que tranchante, qui nous plonge au cœur de la forêt, au cœur d’une nature en émoi, et nous rappelle que la terre, en colère, peut gronder sous les pieds des hommes.

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"La révélation".

C'est ce que je me suis dit après avoir pénétré dans les fougères, les chataigners et les brumes de Biche.

Mona Messine, dont c'est le premier roman, réussit le tour de force de réunir plusieurs parfums entre les lignes : l'ambiance cotonneuse de la forêt, la douceur d'un conte, les envolées poétiques. Mais, au-delà de ce tableau finement et joliment décrit, elle fait le constat et la critique de notre propre microcosme social : la place de la femme dans un jardin masculin trop profondément enraciné, l'intégration et l'acceptation difficile de la différence, la hiérarchie des classes. 

L'auteure orchestre sa propre vision d'une société en déséquilibre par une plume lumineuse et intelligemment tracée dans ce roman militant au dénouement éclatant.  C'est avec un plaisir non dissimulé que nous la recevons dans le salon d'Écumes Blanches. 

[Malo de Brume]

Biche, Mona Messine, éditions Livres Agités, 2022
Biche, Mona Messine, éditions Livres Agités, 2022

Mona Messine, nous sommes très heureux de vous accueillir dans le salon d'Écumes Blanches. "Biche" est votre premier roman. Vous êtes éditée chez Livres Agités, jeune maison d'édition consacrée exclusivement aux plumes féminines, qui inaugure son catalogue avec vous. Comment s'est passée la rencontre avec Jeanne Thiriet et Vanessa Caffin ?

Bonjour. Comme Vanessa et Jeanne l'expriment dans la présentation de la maison d'édition Livres Agités, elles sont à la recherche de "nouvelles voix". et précisément des voix féminines. Je suivais l'actualité de Vanessa Caffin sur les réseaux sociaux car elle est intervenante à l'école d'écriture Les Mots, où je m'arrêtais régulièrement pour suivre des ateliers d'écriture. Lorsque Vanessa a fait paraître un appel à textes (sur Instagram !), j'ai répondu assez rapidement. Ce n'était pas le bon texte pour le lancement de la maison, mais Vanessa a trouvé quelque chose de singulier dans ma plume et m'a convaincue de lui partager un travail en cours. Il s'agissait des premières pages de Biche. Le thème du texte était cette fois dans la ligne éditoriale de la maison, nous nous sommes rencontrées rapidement et Vanessa m'a apporté la possibilité de retravailler la dramaturgie du texte. La rencontre avec Jeanne s'est faite quelques mois plus tard, autour des sujets de lancement du livre.

Vous avez choisi une façon très originale d'aborder le thème de la chasse. Pourquoi avoir choisi ce thème là pour votre premier roman, et ce thème représente-t-il, en quelque sorte, un combat idéaliste personnel ? 

La chasse permet de parler de la traque et de la violence gratuite. Bien sûr, tout chasseur n'exerce pas nécessairement la chasse dans ce but, et je ne nourris pas de combat idéaliste personnel contre les chasseurs ou la chasse.

La biche, en particulier, évolue dans une situation de danger de mort en raison du désir d'un autre, qui n'a que faire d'elle. C'est cela que le thème représente. Certains personnages dérangent la forêt qui sans eux est harmonieuse. Mais d'autres personnages parviennent à vivre en harmonie avec elle. C'est un engagement à prendre.

L'intensité de votre roman et, sans doute, ce qui fait une grande partie de son succès, réside dans le fait qu'il est construit comme une grande métaphore de notre société, en pointant du doigt sa hiérarchie sociale, les rapports entre les hommes et les femmes, entre l'homme et la nature. Finalement tout ce qui contribue quelquepart au déséquilibre de sa structure. C'est une écriture habile qui oscille entre de belles envolées poétiques et des passages plus graves et profonds. Est-ce-que, selon vous, le succès de votre roman est dû à cet exercice d'écriture original donnant une saveur inhabituelle à la lecture ? Est-ce que vos lecteurs vous parlent de cet aspect lorsque vous les rencontrez ?

Les mots sont aussi sortis "comme cela". Bien sûr, une partie du ciselage et des réécritures ont permis d'affiner cette stylistique, mais le premier jet (que j'écris plus intuitivement) était déjà constitué avec des modulations d'intensité (les envolées ou les passages plus graves et profonds). J'aime ces alternances, j'y suis sensible dans les oeuvres, j'apprécie aussi de laisser sortir des choses de la plume sans les contrôler dans un premier temps ; c'est pourquoi je ne peux parler "d'exercice". Le travail par la suite permet de vérifier que ces modulations sont utiles à l'histoire.

Il est certain que le sujet est grave et peut demander de la profondeur. Je voulais aussi partager l'univers de la forêt qui possède un potentiel poétique énorme, mais aussi dramatique ou légendaire.

Le travail sur les mots et les sons permet d'obtenir la poésie ici, et la construction des phrases (ou déconstruction parfois), la tension.

Il y a là-dedans une partie de travail et une partie de "moi".

C'est en effet un aspect que les lecteurs relèvent, soit parce qu'ils ont apprécié la poésie de la promenade en forêt (ce qui personnellement m'a beaucoup plu dans l'écriture), soit parce qu'ils ont noté le "suspense". Certains sont surpris à la fin, d'autres, non. La présence d'un narrateur critique intensifie la gravité du texte. J'aime bien cette voix forte, comme dans un conte, un mythe, sans que la morale ne soit forcément donnée noir sur blanc.

L'avantage de la poésie est aussi qu'elle permet d'adoucir des textes graves, de transformer la façon de dire les choses. Cela peut aider à tenir sur la durée lorsque l'on tient un sujet "négatif". Mais je crois que la poésie préfère la gratuité des mots, alors il s'agit bien ici d'un roman et non d'une poésie en prose : il y a une narration.

Après l'effet lumineux et le succès de Biche lors de cette rentrée littéraire, avez-vous repris la plume ? Quels sont vos projets pour 2023? 

En 2023, je serai résidente aux Ateliers Médicis, sur un projet qui lie à nouveau la nature (la mer) et l'écriture, en particulier, la poésie, et qui comprend des ateliers d'expression artistique avec des enfants.

Une prochaine histoire romanesque m'habite déjà et j'ai hâte de pouvoir prendre du temps pour l'écrire.

Je travaille aussi sur la sortie d'un numéro de la revue littéraire Débuts, que j'édite, et espère pouvoir contribuer à d'autres revues comme autrice.

Nous suivrons votre actualité avec grand intérêt. Pour terminer cet entretien, je vous propose les traditionnelles questions à choix.

Vous êtes plutôt "Plume à l'aube" ou "Plume du soir" ?

Plume à l'aube, un moment hors du temps qui permet d'écrire débarassée de toutes les contraintes sociales et sans préjugés.

Vous êtes plutôt "Essences forestières" ou "Air iodé sur le littoral" ?

Cela varie d'un projet à l'autre, d'une saison à l'autre. Si j'ai adoré la forêt de mon enfance, je suis très heureuse aussi au bord de la mer, ou mieux, de l'océan. L'année prochaine, je démarre d'ailleurs un projet poétique autour des vagues et du vent.

Et enfin, plutôt "Encabanée de Gabrielle Filteau-Chiba" ou "Dans les forêts de Sibérie de Sylvain Tesson" ?

Les deux, bien sûr. Encabanée est engagé, bouleversant. Et qui ne rêve pas de faire de même ? Dans les forêts de Sibérie, que j'ai lu il y a plusieurs années déjà, m'avait beaucoup marquée car j'ai réalisé qu'on pouvait transmettre cette émotion très spécifique qui nous traverse face au sublime de la nature grâce à de simples phrases. Tout est devenu possible !

Mona Messine, merci d'avoir pris le temps de répondre à notre invitation, c'était enrichissant et passionnant. 

Mona Messine
Mona Messine

Biche, une étude dans le texte. Par Guillaume Arancibia.

« Dans la forêt, une partie de chasse s’engage, menée par Gérald, la gâchette du coin. Devant lui, son chien Olaf piste la trace, et Linda, son vieil amour, guide les traqueurs qui rabattent le gibier. Alan le garde forestier a le cœur en morceaux. Ce soir il le sait, les biches seront en deuil. Mais en ce dimanche plus gris que les autres, une tempête approche. La forêt aligne ses bataillons, les animaux s’organisent. Les cerfs luttent sous l’orage. Et une biche refuse la loi des hommes ». C’est en tout cas la promesse de cette diégèse — c’est-à-dire l’espace-temps proposé par la fiction — faite en quatrième de couverture de l’œuvre.

Le roman biche apparait comme un biotope, un écosystème littéraire. C’est la représentation d’une société du vivant, traversée par différentes hiérarchies ; les procédés littéraires y font sentir des mouvements internes ainsi que des remises en causes craquelant l’image, en apparence stable, d’une structure organisée par subordination.

Une diégèse qui interroge.

Le premier élément qui invite à cette lecture, c’est bien sûr l’organisation de la diégèse autour d’une partie de chasse, se déroulant sur vingt-quatre heures. L’incipit pose d’emblée le cadre sylvestre : « Le chant des arbres balayait tous les bruits alentour, inutiles. Le biche racla du museau le sol pour remuer la terre et dénicher des glands ». Bien que l’idée d’une terre meuble (travaillée, ou plutôt au travail) hante déjà le texte dès premières lignes, c’est avant tout l’image d’un écosystème que présente le récit ; un biotope naturel dont il émane une certaine harmonie entre faune et flore. Et c’est précisément lorsque l’humain/l’homme entre en jeu, p.12, que se brise cette harmonie, et que commence à poindre la première image de domination et de subordination. Oui, l’homme ; car cette opposition qui sépare humain et nature, par trois astérisques dans cette même page, est tout à la fois une réflexion complexe sur l’influence dominatrice et destructrice d’une espèce sur son environnement, ainsi qu’une représentation de sa hiérarchie interne, à travers la question du genre :

"Il rit, débordé par le sentiment de puissance de se soulager debout. D’habitude, à cette heure, régnait une odeur d’humus. Les effluves d’urine acidifièrent l’air et lui tordirent la bouche. Il se rhabilla prestement, racla ses chaussures dans la terre comme sur un paillasson et poursuivit sa route."

Ainsi, à l’orée de cette partie de chasse, il est déjà possible d’interroger le rapport problématique de l’humain face à la nature — un rapport qui, de fait, se construit dans le texte par une réflexion profonde sur le genre. Car si le premier représentant de l’humanité écrasant cette nature est une figure masculine, c’est également parce que c’est elle qui surplombe et écrase la hiérarchie sociale :

"Gérald était fils de chasseur, petit fils de chasseur, et il pouvait parier dessus, père de chasseur, à la façon dont ses deux fils le dévisageaient, rempli d’admiration, lorsqu’il rentrait en tenant par les oreilles un bon gros lièvre mort. […] Un dimanche de chasse, c’était enfin leur mise à l’épreuve."

Père, fils, petit fils, famille patriarcale, dominant la forêt — par la chasse, par la mort — et dont le rite de passage rend Homme. Plus loin, p.41, on lit : « Quand Basile rentrerait ce soir à la maison avec son paternel, il raconterait à sa mère et à sa sœur […] comment il avait […] triomphé du mal ». Plus loin encore, même page : « Sa mère l’embrasserait sur les cheveux, sa sœur ne dirait pas grand-chose. Son père assènerait à Basile une vérité définitive : aujourd’hui, il était devenu un homme ». La hiérarchie est limpide : père, fils, petit fils, dominant la forêt comme ils dominent la table. L’humain est un homme, l’homme qui se pense lui-même dans une représentation de puissance virile, autour d’une table où le fils attend l’acquiescement muet des femmes, et la reconnaissance du patriarche. Seul salut : le silence de la sœur, comme celui de la biche et de la terre muette, qui continuent de travailler, secrètement.

L’égalité littéraire ou la voix des opprimés.

Pourtant, si l’on est attentif, ce mutisme animal, ce mutisme féminin, semble se craqueler absolument partout dans le texte. C’est le chant de la forêt, ce sont les yeux inquiets d’une biche comme les actes muets et les pensées secrètes d’une femme mariée, ou encore celles d’une mère battue qui n’a d’autre choix que de fuir : le personnel romanesque fourmille de voix muettes, de figures opprimées qui n’ont pas voix au chapitre et qui pourtant ancrent le récit dans une pluralité — une polyphonie des sorts écrasés. Il serait possible d’énumérer tous les procédés littéraires qui permettent de penser cette pluralité ; j’ai choisi seulement d’en citer deux, particulièrement révélateurs de cette puissance émancipatrice. Le premier, c’est évidemment la tonalité ironique du récit qui accompagne la plupart des mises en scène de cette domination d’espèce et de genre :

"Une vieille biche abîmée, imagina-t-il. […] Gérald n’accepterait pas une hécatombe au virus. Il l’aiderait à mettre les voiles, grand seigneur."

Grand seigneur, celui qui tue, pour sauver les futures proies et le jeu de prédation ; la voix narrative se désolidarise très clairement de la pensée du personnage. Ici comme ailleurs : c’est tuer qui importe — c’est le motif qui ne compte pas. L’ironie de Mona Messine — plus proche d’une ironie flaubertienne que de celle de Voltaire — donne à voir tout le détachement du narrateur et, ainsi, fait apparaitre en négatif la véritable motivation de Gérald : la barbarie gratuite dans l’acte de tuer.

Un autre grand procédé qui parcourt le roman, c’est la mise sur un même plan narratif de l’humain et de la nature. « La démocratie de l’écriture est le régime de la lettre en liberté que chacun peut reprendre à son compte, soit pour s’approprier la vie des héros ou des héroïnes, soit pour se faire écrivain soi-même, soit encore pour s’introduire dans la discussion sur les affaires communes. […] Il s’agit d’un nouveau partage du sensible, d’un rapport nouveau entre l’acte et la parole, le monde qu’il configure et les capacités de ceux qui peuplent ce monde [Jacques Rancière, Politique de la littérature, Paris, Galilée, 2007.] ». Ces mots célèbres de Jacques Rancière, extraits de Politique de la littérature, invitent de la même manière à réfléchir sur la capacité d’un texte à penser un partage et une égalité des sensibles. Ainsi peut-on lire, p. 153 :

"Le chien n’avait pas envie d’abandonner son maître, mais il serait allé plus vite sans lui. À un moment, le chasseur imagina protéger son ami avec son imper, la capuche refermée sur ces deux oreilles. Cela n’aurait pas été son idée la plus idiote de la journée."

Ici, le texte donne à voir sur un même pied d’égalité deux pensées, deux sensibles — il commence même par celui de l’animal — afin de penser une situation générale, un écosystème dans un ensemble, toujours parcouru de hiérarchies (le chien, le maître), et d’ironie : « cela n’aurait pas été son idée la plus idiote ». Et c’est précisément en plaçant sur un même plan narratif ces différences qu’il devient possible de les comparer : « mutatis, mutandis ».

L’aube d’une révolte.

C’est en gardant à l’esprit ces éléments (la représentation d’une hiérarchie — à l’apparente stabilité — dans le biotope diégétique d’une part ; et les procédés narratifs qui pensent l’égalité par la démocratie de l’écriture de l’autre) qu’il est possible de comprendre en quoi cette terre meuble travaille inlassablement :

"Les galeries souterraines créées par les fourmis, les vers de terre et tous les jardiniers des sous-bois s’ouvrirent en grand et le sol se rompit."

//

"Une amanite à peine sortie de terre rentra son chapeau et prévint par ses racines les arbres tout autour. La guerre avait commencé. Les mucus et les feuilles bruissèrent et relayèrent les informations. Les invasions silencieuses avaient-elles poussé le chasseur à bout ?"

La terre, remuée par le museau de la biche – silencieuse parmi les silencieuses ; la terre passe enfin à l’action. C’est, selon moi, ce que le roman invite à penser. Une terre muette, qui tôt ou tard finit par bouger, remuer, et renverser ceux qui ne savent pas (plus) l’écouter… L’ordre du monde change précipitamment sous les yeux de Gérald et de Linda — comme il change sous nos yeux, tous les jours. Mais cette redéfinition du monde, qui dans le texte mêle les questions de genre à celle de la domination de la nature par l’Humain, n’est pas pour autant qu’un simple récit de rapports conflictuels entre différentes branches d’un écosystème qui ne sait pas (plus) vivre ensemble. Il me semble qu’il existe une complexité de la vision romanesque et qu’elle permet d’interroger par de-là des schémas de pensées, somme toute, très humains. Mutatis mutandis, la question du genre et de la domination se pose aussi chez les animaux :

"Il observa la volupté des biches, devina qu’au milieu du calme surviendrait bientôt un cerf réclamant son dû, soumis aux forces de la nature et au klaxon retentissant des sirènes de la reproduction."

//

"Dans la nuit, face au chasseur médusé, ils mélangèrent enfin leur langue, leurs désirs animaux. Le premier cerf, le visage fin et étiré jusqu’à en paraître squelettique, tentait de contrôler sa mâchoire qu’il referma sur la nuque du second cerf."

Ce bestiaire – où l’on ne sait plus qui de l’animal ou de l’humain emprunte à l’autre est, selon moi, le tour de force absolu de cette œuvre qui n’interroge pas simplement des rapports hiérarchiques, mais interroge la nature même de ces organisations. Et, jusqu’à la fin du texte, c’est sous le regard lucide, clairvoyant de ce petit hérisson que l’on se trouve vraiment questionné : "Mais en quoi avait-elle cru ? semblait lui dire le petit hérisson qui la regardait de loin". Question tout autant adressée au lecteur qu’à Linda. Le sol bouge, remué par le museau d’une biche, travaillé par les galeries des fourmis, les racines des amanites, celles des arbres et l’humus encore, tout. Tout, "les planètes l’on dit, le temps est à la révolte".

[Guillaume Arancibia]

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